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Guide 2017 pour les souillasses du comptoir

Nous sommes vendredi. Aujourd’hui c’est l’ouverture de la Foire du Valais 2017. Mais ça tu le sais très bien parce que t’as au moins cinq de tes amis qui publient chaque jour sur Facebook un petit « J-3 ! » « J-2 » etc… Alors toi aussi tu fais partie de ces gens qui subissent en silence les désagréments de cette foire de pochtrons ? Non pas que tu sois contre le Comptoir, d’ailleurs t’as prévu une sortie avec les copains et t’as même crée un groupe what’s app nommé « Mine comptoir 2017 (smiley choppe de bière x2) » mais tu sens que pendant 10 jours, tu vas boire, manger et sniffer de la FDV à toutes les sauces. Cesse donc de stresser car l’Alcazar a prévu un petit guide pour supporter plus facilement cette édition 2017 placée sous le thème de Cuba et des jeux de mots à la con.

  Félicitations ! Si tu nous lis maintenant, c’est que t’as déjà supporté la première étape. Celle qui consiste à inonder les réseaux sociaux d’invitations pour des billets et des permanentes avec des messages toujours identiques du style : « #CONCOURS Les toilettes de chantiers à roulettes Tridondane vous offre la possibilité de gagner: 10 x 2 entrées pour la Foire du Valais.
Pour participer: Like notre page, lèche ton coude et envoie-nous un cliché qui le prouve. »

Prépare-toi à supporter ce tsunami de photos qui va submerger Facebook. T’auras la totale. Celle au stade du Nouvelliste avec un chapeau rose fluo douteux, celle avec un gros verre à cocktail où ton sourire crispé sera révélateur de ton regret d’avoir mis 15 balles pour t’afficher avec un verre qui ressemble plus à  un phallus qu’à un cocotier. Puis tu manqueras pour rien au monde la photo avec le gros pot-de-chambre des familles. Celui où tu as dit : « on met tous 10 balles et on en prend direct deux ? «  Et finalement, tu termineras ta tournée sur le stand Rhône FM sur lequel tu seras forcé de prendre une photo avec une pancarte gênante tout en portant une paire de lunettes de soleil bien pratique pour cacher tes yeux plissés, sans doute restés dans le thème de la foire de l’an dernier.

En parlant de champions, t’en verras, toujours sur Facebook, se sentant obligés de prouver à tout le monde qu’ils font le grand chelem. Bravo à toi camarade. Mais est-ce vraiment nécessaire d’écrire chaque jour « 5/10 » ; « 8/10 » ?  Es-tu rémunéré pour cela ?

 • Ces fameux champions, tous originaires de la région martigneraine, que t’auras connu au CFP, dans le car Buchard Voyages pour aller à Lloret del Mar ou encore dans une bétaillère  de supporter du FC Sion. Ils ont pour point commun que sans le comptoir leur vie n’aurait aucun sens. « Cette année j’ai pris congé la première d’octobre. » Cette phrase qui peut choquer à première vue devient monnaie courante plus tu descends le Rhône. Quand certains se font deux semaines en Thailande, d’autres préfèrent 10 jours à naviguer entre Martigny et Martigny-Bourg, pour un budget similaire.

 • Mais t’auras peut-être la chance de connaître un farceur (généralement un parent proche ou un collègue plus âgé) qui te feras la blague « Je pars à Cuba deux semaines en octobre » Avec un peu de bon sens, tu comprendras vite qu’il se réfère au thème de cette FDV2017. D’autant plus que c’est souvent celui qui n’est plus sorti du 027 depuis l’introduction du suffrage féminin dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures.

 • T’auras aussi droit aux polémiques en tout genre pendant cette foire. « T’as vu le sucre du Grand-Père Cornut est de plus en plus petit tcheu va » ou alors « eh mais t’as vu la monstre queue devant le bancomat, ils auraient pu en foutre plus ». Sans oublier le « mais la tchaffe qui fait ici dedans, on est obligé de faire dedans-dehors toute la journée ».

 • Y’aura toujours un moment dans la journée où tu diras à un tes potes « t’imagines le nombre de litre de gnôle consommé ici chaque jour ».

Voilà, on arrive au bout de ce guide. Tu t’es bien fait avoir, parce qu’en aucun cas ce guide va t’aider à mieux supporter ce Comptoir. Mais bon, tu pourras faire comme de nombreux Sédunois. Faire mine de boycotter parce que si une fête qui s’appelle la Foire du Valais ne se déroule pas dans la capitale, ça n’a aucun sens.

Mais au final, tu te feras quand même embarquer contre ta volonté dans cette ville étrange. Après avoir fait la tournée des stands à vins pour « déguster » puis goûter à trois sucres au piment du grand-père Cornut en dansant devant l’entrée du stand à CD des années 60, t’auras oublié où tu te trouves et tu finiras à déambuler sur la Place Centrale à torse nu, kebab à la main avec un chapeau multicolore coiffant ta tignasse. Comme t’es un peu naïf quand t’arroses ton gosier, t’auras l’immense joie de te trimballer partout sur la place le tout nouveau fer à repasser Laura Star acheté quelques heures auparavant pour la modique somme de 299.-. T’essaieras de justifier ton achat auprès de tes amis mais tout le monde aura bien remarqué que c’est le sourire de la vendeuse qui t’auras incité à sortir le crapaud. Tu rencontreras ton voisin aux chiottes chimique TOI TOI qui te feras la fameuse blague du « je te sers pas la main hein ? » Puis tu devras courir l’avenue de la Gare pour prendre le dernier train parce que je cite « t’avais pas vu l’heure ».

Tu finiras ta soirée avec aucun de tes sept amis qui étaient sur le groupe what’s app « Mine comptoir 2017 (smiley choppe de bière x2) ». mais qu’importe t’as trouvé une bonne équipe de Nendards portant le combo chaussure Scarpa, veste Mammut et casquette Télé-Nendaz pour rentrer sur la capitale. A l’image de tes compères autour de toi, tu oublieras que les trains ne sont plus fumeurs depuis plus de 10 ans alors tu profiteras de t’en griller une et même de tirer sur le joint du rastafari d’Uvrier derrière toi. Comme ton taux d’alcoolémie avoisinera ta moyenne en philosophie au collège de la Planta, tu trouveras marrant d’hurler dans ce convoi comme un sauvage. Et rien que de voir les pauvres vioques avec leurs valises qui partagent ton wagon, tu profiteras de lancer des chants vraiment intelligents et entrainant tel que « j’étais saoul hier, je suis saoul ce soir et si tout va bien je serais saoul demain matin » afin de les faire regretter d’être rentré en Suisse après trois semaines à Lanzarote. Puis, t’iras te coucher avec la tête qui visse et le sourire aux lèvres parce que tu te souviens avoir résolu le conflit israélo-palestinien au stand des Fils de Charles Favre.

Ernesto Rappaz